La Ferme du Pô Commun, Vollore-Montagne (63)

Le 3 avril nous prenons la route pour le Puy de Dôme. Il fait beau et froid. Première valise, premier chargement de voiture, premier itinéraire… Et surtout premier reportage du projet que l’on prépare depuis quelques mois. Ca devient palpable. Nous sommes heureuses d'accomplir ce petit bout de rêve.

 

Le Massif Central, c’est loin, c’est long sans prendre l’autoroute… les paysages montagneux et le soleil de fin de journée récompensent notre patience. Nous arrivons en début de soirée à Vollore-Montagne.

 

Nous rencontrons Benoit, Charly, Mélina et Sabine. Guillaume est en vacances nous ferons sa connaissance plus tard. C'est dans la maison du collectif que nous prenons nos marques, nous dormons au second étage de la maison. Nous sommes au mois d'avril, il neige encore, la cuisinière à bois chauffe toute la maisonnée. Nous allons vivre une semaine au cœur d'un collectif. 

 

 

C'est Pô Commun…

 

C'est "Pô commun" cinq jeunes entre 26 et 30 ans qui ont fait le choix de s'installer à 900 mètres d'altitude, à une heure de Clermont-Ferrand, sans être originaires du coin. Il s'agit d'un choix politique, faire vivre un territoire en déprise agricole et démographique.

Benoît, Charly, Mélina et Guillaume ont réalisé un BTS Génie Protection de la Nature (GPN) mention animation de 2004 à 2006. A cette époque ils se disent déjà qu'ils s'installeront ensemble sur une ferme, mais ils se donnent quelques années pour vivre d'autres expériences : voyage, travail et formation.

En 2010, ils décident de vivre en collocation, pour préparer leur projet, tester le vivre ensemble et se retrouver après quelques années passées sans trop se voir. Ils décident de s'installer dans le Massif Central, carrefour de leurs lieux d'origine que sont l'Ille et Vilaine, la Mayenne, le Loiret et le Doubs. Dans leur recherche de lieu ils s'appuient sur des structures comme la chambre d'agriculture, mais c'est sur le site internet "le bon coin" qu'ils trouveront leur bonheur, une maison avec quelques bâtiments attenants et 10 ha de terre ce qui leur suffit pour développer leurs quatre activités.

Ils bénéficient de l'aide du CREFAD*, de la maison des Paysans, du Parc du Livradois Forez, de la communauté de communes et de la commune de Vollore-Montagne. Soutiens précieux dans la recherche de foncier, sur l'acquisition de compétence en gestion et en agriculture de montagne.  

 

 

Un habitat partagé

 

Benoit, Charly, Guillaume et Mélina achètent la maison en copropriété, quatre parts indivisibles. Chacun apporte sa part de capital (18.650 euros), qu'ils trouvent soit par des prêts familiaux ou avance sur héritage. Ils projettent de créer un jour une SCI* pour faciliter l'arrivée ou le départ éventuel d'habitants.

 

 

Le collectif fait le choix de la sobriété heureuse et souhaite approcher l'autosuffisance. La cuisinière à bois permet de chauffer la maison et l'eau ainsi que de cuisiner en hiver. Le frigo est un pot à lait plongé dans l'eau de la source à quelques pas de la maison. Pour l'alimentation, ils achètent les produits secs en vrac et cultivent leur potager.

 

Les tâches de la vie quotidienne sont partagées, cuisine, vaisselle, ménage travaux de la maison, consolidation des bâtiments attenants, potager, bois, soin de l'âne et de la jument. Pour organiser tout cela il y a une réunion mensuelle avec mise en place d'un planning qui porte sur la répartition des tâches. Celui-ci est reporté sur un tableau à craie dans le salon. Rien n'est figé ! Les habitants du Pô commun sont solidaires. Les repas sont partagés et favorisent la communication.

 

 

Le 20 de chaque mois les habitants du Pô commun font un point financier et partagent les différentes dépenses. Les produits de la ferme (œufs, pain, pesto, tisanes etc.) sont achetés par le collectif.

 

L'habitat est partagé mais les activités agricoles sont toutes souveraines et indépendantes. Cela permet à chacun d'avoir ses projets, son rythme, sa liberté. Ce fonctionnement fait l'unanimité au sein du collectif, cela rend possible le "vivre ensemble". Les premières années d'installation ne permettent pas beaucoup d'échanges car chacun est bien pris par son activité mais bientôt la saisonnalité des activités permettra plus d'échanges, en tout cas c'est un souhait !

 

 

Aujourd'hui quatre activités complémentaires cohabitent sur la ferme du Pô commun. Charly élève des poules pondeuses et élabore un verger, Benoit est boulanger, Guillaume est animateur nature et Mélina récolte fait de la cueillette sauvage, cultive des aromates et des petits fruits. Malgré cette grande autonomie les compères éduquent ensemble une jument à la traction animale qui sera utile à tous les ateliers, mutualisent toutes leurs ventes et projettent de rénover un bâtiment dédié à la vente à la ferme.

 

Si vous voulez en savoir plus sur toutes ces activités elles sont présentées dans la suite de l'article. Bonne lecture.

 

 

*CREFAD : Auvergne Centre de Recherche d'Etude, de Formation à l'Animation et au Développement

*SCI : Société Civile Immobilière

Benoit Coly, 26 ans, "le chant du blé"

Itinéraire d'un boulanger

 

Suite à la visite d'une ferme collective en Haute Vienne à l'âge de 13 ans, Benoit se dit qu'un jour il s'installera en collectif. "Une ferme avec plein de projets, du temps et de l'énergie pour les gros travaux". Et puis il y a le pain, sa maman en fait chaque semaine, il s'y met et ça lui plait. Après son BTS GPN, il passe un CAP boulanger puis travaille pendant un an et demi chez un paysan qui fabrique près de 300 kg de pain par semaine.

 

Les activités du "Chant du Blé"

 

Au Pô Commun son projet se met en place, Benoit a construit et aménagé son fournil avec des matériaux écologiques et pas mal de récup' pour son confort de travail et minimiser les coûts. Il a même fabriqué son "four à gueulard" avec des pièces en fonte et des briques réfractaires trouvées d'occasion sur le site internet "le Bon Coin". L'achat d'un four de ce type coûte 20.000 à 25.000 euros, Benoit dépense 2500 euros. Il y passe six mois.

 

Depuis janvier 2013, Benoit fabrique du pain au levain (campagne, seigle, épeautre et campagne aux graines de lin, tournesol et sésame) deux fois par semaine. Cette gamme de pain pétri et façonné à la main est vendue à l'épicerie de Vollore-Montagne, sur le marché de Thiers le samedi matin et est livrée aux habitants de la commune qui le souhaitent tous les vendredis soirs. A terme Benoit souhaite boulanger 100 kg de pain par semaine, cela lui apporte un revenu suffisant pour vivre et lui permet d'avoir du temps pour faire autre chose.

 

Pour l'instant il achète sa farine chez un paysan de la plaine qui est en agriculture biologique et respecte le cahier des charges de Nature et Progrès. Cet automne Benoit compte semer ses premiers hectares de céréales, le choix de la variété est important au vu du climat, de l'altitude et de l'acidité des sols. Il dispose de 2,5 hectares de terre ce qui est suffisant pour la quantité de farine à produire mais pas pour les rotations nécessaires au bon fonctionnement agronomique. Il souhaite travailler en traction animale et projette d'acheter une petite moissonneuse batteuse d'occasion (une bonne affaire dans le coin !).

 

Statuts

 

Benoit est "auto-entrepreneur" car il ne produit pas encore sa farine, il dépend donc de la chambre des métiers et de l'artisanat, il est au Régime Sociale des Indépendant (RSI). Il souhaite bénéficier du statut agricole qu'il pourra obtenir s'il a 3,5 ou 4ha de terres agricoles.

 

Investissement local

 

Une des qualités du collectif pour Benoit est la possibilité de prendre le temps d'aller à la rencontre d'autres collectifs, de participer à des luttes et de suivre des formations. Mais aussi pour s'investir localement, et rencontrer des gens, Benoit fait partie de l'équipe de foot de Vollore-Montagne. 

 

 

*CAP: Certificat d'Aptitude Professionnel

*Nature et progrès est un label historiquement très lié au label agriculture biologique mais qui n'a pas fait le choix de s'assouplir comme le label AB. Nature et progrès fait aussi le choix de contrôle participatifs menés par d'autres producteurs et consommateurs. 

Charly Neveux, 26 ans, "le vergé picoré"

Le projet de Charly est d'élever des poules pondeuses et autres volailles (canards, oies et dindons) sous un verger. Deux activités complémentaires, car, les volailles entretiennent, amendent le verger, elles luttent aussi contre les parasites. La vente des œufs apporte un revenu.

 

Ca picore…

 

Aujourd'hui Charly a une cinquantaine de poules qui produisent environ 210 œufs par semaine, vendus au niveau local (vente à domicile le vendredi soir sur Vollore-Montagne et au marché de Thiers le samedi matin). L'objectif à terme est d'avoir 300 poules pondeuses.

 

Charly construit lui-même ses bâtiments d'élevage avec une conception bioclimatique. Pour cela il bénéficie du soutien d'amis et de Vincent de la société Agri-thermique. Ainsi il a mis en place une poussinière, un poulailler poule pondeuse, la maison des oies et travaille actuellement sur la conception du palace des dindons. Il projette de réaliser la maison des canards et son atelier.

 

 

La conception bioclimatique est très intéressante, pour le poulailler poules pondeuses par exemple quand il fait moins 5 degrés dehors la température du bâtiment est à 18 degrés. Le bâtiment est en ossature bois et paille, il est exposé plein sud et équipé de grandes baies vitrées avec quadruple vitrages. Le plus important est la ventilation puisque la plus grande partie de la chaleur est produite par les poules, il faut pouvoir garder cette chaleur tout en enlevant l'ammoniac et l'eau présente dans l'atmosphère. Une conception économe et respectueuse de l'environnement.

 

Silence ça pousse…  

 

 

Le verger de Charly est encore au stade de pépinière. La plus grosse partie de sa production sera en pommier, mais il l'a diversifié avec des cerisiers, des pruniers, des cognassiers, poiriers et framboisiers afin d'avoir une large gamme à proposer à ses clients et de proposer des fruits et jus tout au long de l'année. Pour le choix de ses essences il a travaillé en partenariat avec le Conservatoire des espaces naturelles du Puy de Dôme afin d'avoir des fruitiers adaptés au climat et à l'altitude. La ferme est à 900 mètres d'altitude et le verger ne sera pas à l'abri de quelques gelées printanières.

L'entrée en production de ce verger de 1 ha sera progressive entre 2016 et 2020.

 

Financement et statut

 

Charly, tout comme ses acolytes, a décidé de s'installer sans les aides. Il a reçu deux subventions de la région Auvergne, la première concernait la résidence longue d'entrepreneur, l'autre soutenait des projets portés par des jeunes ("Auvergne boost") soit un total de 4500 euros. Les investissements de Charly sur son atelier sont pour le moment de 15.000 euros autofinancés. 

 

 

Le statut agricole de Charly est "géré au titre du suivi" auprès de la MSA*, c'est un statut qui n'existe pas dans toutes les régions françaises. Il permet d'avoir un numéro de SIRET* et de pouvoir vendre mais il n'ouvre aucun droit.

 

*MSA : Mutualité Socilale Agricole

*SIRET : Système d'Indentification du Répertoire des Établissements

Guillaume Masson, 29 ans, "Brin d'air"

Guillaume est animateur nature, motivé par l'éducation à l'environnement, il aime "apprendre aux enfants, les aider à s'épanouir et à mieux comprendre le monde qui les entoure". Son projet d'animation est basé sur deux axes : la découverte de la nature et la ferme pédagogique.

 

L'association "Brin d'Air"

 

"Brin d'air" est une association loi 1901 qui a pour objectif de sensibiliser un large public à l'environnement, en y incluant la découverte de la nature, de la culture et de l'agriculture. Ce support associatif permet à Guillaume de travailler avec les scolaires, les périscolaires et le grand public.

 

De nombreuses animations sont proposées sur la ferme : découverte des plantes, transformation des plantes en pesto, gelée, confiture (en collaboration avec Mélina), découverte des céréales et fabrication de pain (en collaboration avec Benoit), découverte des animaux de la ferme (âne, volailles, chèvre naine, cochon vietnamien) et  de l'agriculture alternative etc. Ces thèmes sont abordés lors de demi-journées, journées ou séjours vacances auprès de différents publics.

 

Un club nature a vu le jour avec les enfants de la commune, Guillaume part des idées et envies des enfants et créé des animations autour. Dans ce cadre, il va peut être créer un jardin pédagogique.

 

La caravane toilettes sèches

 

Guillaume a aménagé des toilettes sèches dans une caravane pour les proposer aux festivités de la région. L'objectif est de proposer une alternative aux toilettes chimiques souvent utilisé, tout en sensibilisant les gens à l'environnement.

 

Apiculture ?

 

Depuis quelques mois, Guillaume se forme à l'apiculture et aimerait installer quelques ruches sur la ferme.

 

Financement et statut

 

Guillaume est autoentrepreneur, ce statut lui permet de proposer des animations à la communauté de commune et à l'association "Brin d'Air". Chaque fois qu'il perçoit une prestation, il en verse une partie à l'association afin de financer du matériel pédagogique.

 

Investissement local

 

Guillaume est sapeur pompier à Vollore-Montagne, en réponse à un besoin sur la commune. Cela l'intéresse et lui permet de s'investir sur le territoire.

 

Mélina Viennet, 29 ans, "Vol'arôme"

Mélina est une passionnée des plantes, de leurs vertus médicinales, de leurs odeurs, de leurs couleurs. Elle aime les cueillir, les cultiver, les cuisiner, les faire sécher et les soigner avec d'autres plantes. Sur son terrain pentu, elle expérimente, cherche les conditions adéquates pour chaque variété : l'exposition au soleil, la meilleure terre, la couverture végétale appropriée. Passionnant.

 

Parcours et expériences

 

Avant de s'installer en tant que jardinière-cueilleuse Mélina effectue deux formations courtes en herboristerie et en botanique. Aussi, elle se forme auprès du Syndicat des simples* dans le Doubs et réalise un stage à "Altaïr Auvergne" chez des jardiniers cueilleurs qui cultivent des plantes en biodynamie. Elle renforce ses connaissances en botanique et en transformation (tisanes, mélange à usage condimentaire etc.).

 

Le jardin

 

Au début Mélina voulait seulement faire de la cueillette sauvage et de la transformation mais en France le statut de Paysans sans terre n'existe pas. Pour obtenir un statut et pouvoir commercialiser sa production il lui faut une certaine surface et justifier des heures de transformation. La ferme dispose de quelques hectares et Mélina prend vite goût à faire de la culture, semi-culture (favorise les espèces déjà en place) et plante des petits fruitiers. Son terrain dispose de variétés très diversifiées : persil, coriandre, bleuet, camomille, consoude, menthe poivrée, sauge, ail des ours, pensée etc. On y trouve aussi des plantes messicoles, quelques céréales, du houblon et des petits fruits tels que cassis, myrtilles et groseilles.

Mélina aime savoir d'où proviennent ses plants, et leurs cherche à tous le meilleur emplacement pour optimiser leur production. 

 

La transformation et la vente

 

Pour la partie transformation, conditionnement et vente, Mélina s'est aménagé un joli atelier, tous les murs sont en mosaïque colorée. Cette pièce dispose de tous les ustensiles nécessaires à la transformation des plantes en préparation type pesto, sirop, ou les "Soup'oudré" à base d'aromates séchés ou encore les tisanes. Mélina a fabriqué un séchoir, un placard dans le coin de la pièce avec treize claies de 1m², le séchage se fait délicatement avec un ventilateur et un déshumidificateur. Bientôt elle élaborera un séchoir solaire mais le précedent lui sera toujours utile en cas de mauvais temps.

 

Mélina vend ses produits à la ferme, à l'épicerie de Vollore-Montagne, a quelques restaurateurs, à une coopérative et bientôt sur le marché de Thiers le samedi matin.

 

Statut

 

Mélina a le même statut agricole que Charly, "Géré au titre du suivi". Pour cela il lui faut 1/8 de la ½ SMI (Surface minimum à l'installation) c'est-à-dire 2500 m². Elle est reconnue comme exploitante à titre principale et cueilleuse. Sa production bénéficie du label bio.

 

Investissements extérieurs

 

Mélina s'investit dans quelques associations alternatives dans les villes environnantes "Ca permet de s'échapper, parler d'autres choses, rencontrer d'autres gens".

 

*Créé en 1982 dans les Cévennes, le Syndicat des simples regroupe une centaine de producteur-cueilleurs de plantes médicinales aromatique, alimentaire, cosmétique et tinctoriales installés en zone montagne ou dans des zones préservées. Ils suivent un cahier des charges (agréé en 1988 par le ministère de l'agriculture) très stricte en ce qui concerne la protection de l'environnement, la préservation des espères floristiques, la qualité de la production et le respect du consommateur. 

Sabine Moreau, 27 ans

Sabine est la compagne de Benoit. Elle est arrivée en septembre 2012 sur la ferme du Pô Commun. Elle fait partie du collectif de vie mais n'a pas d'activité sur la ferme.

 

Sabine est animatrice associative, elle a travaillé pendant quatre ans au MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne), association de jeunes qui monte des projets en milieu rural. Elle est actuellement à la recherche d'un emploi.

 

Néanmoins, elle est régulièrement formatrice BAFA un peu partout en France. Elle cherche un emploi autour de Vollore- Montagne pour se créer un réseau dans la région.

 

Sabine prend part à la vie du collectif que ce soit dans la gestion quotidienne de la maison, dans les travaux d'entretien du bâti du collectif, les chantiers bois et le potager. Elle aide aussi régulièrement les autres sur leurs activités.