GAEC Radis & Co, Montflours, (53)

Nous arrivons en Mayenne un mardi matin, sillonnons des petites routes qui "sentent un peu la noisette". Nous sommes émerveillées par ce paysage vallonné et bocageux. La nature est généreuse au mois de mai. Nous sommes accueillies par Gwendal, Fanny, Marco, Steve, Robert-Jan et Yannick. Nous prenons nos quartiers à la Gorronière.

Pendant ces quelques jours nous avons échangé sur leur fonctionnement en collectif et participé aux diverses activités de la ferme (désherbage, pose de bâche, pétrissage de pain, fabrication de tomme, préparation de commande, traite etc.). Nous sommes heureuses de mettre la main à la pâte…car pour des futures paysannes il n'est pas toujours simple d'être derrière un ordinateur !    

 

Un collectif, c'est avant tout une histoire…

 

Un collectif c'est avant tout une histoire. Celle-ci débute en 2008, le jour où Robert-Jan publie un article dans un journal local où il propose une rencontre, sur le thème "vivre autrement, travailler autrement". Cette publication débouche sur une réunion avec une trentaine de personnes du réseau "militant" mayennais motivées par la création d'un éco-hameau. Pendant près d’un an et demi, suite à de nombreuses réunions le « Collectif Agri-Culturel 53 » (CAC 53), réunit finalement douze personnes motivées par l’autonomie alimentaire, énergétique etc.

 

Se pose alors la question des terres agricoles en Mayenne, où la pression foncière est importante. L'acquisition de foncier est plus simple dans le cadre d'une installation aidée. Mais pour "être aidé" il faut la capacité agricole, que Gwendal, Marco, Robert-Jan et Steve n'ont pas. Pour cela ils se forment en réalisant un Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole (BPREA) à Laval. Cette formation de neuf mois s’est terminée en juin 2009.

 

Le groupe CAC 53 se dissout, le projet collectif devient agricole. Yannick seul sur son projet d'installation en maraichage les rejoint.

 

Installation à la Gorronière

 

Gwendal, Marco, Robert-Jan, Steve et Yannick cherchent un lieu pour s'installer et trouvent en décembre 2009 "La Gorronière" à Montflours. Les conditions sont bonnes : une surface de 42 ha suffisante pour l'ensemble des activités, des terres de qualité pour le maraichage et d’un four à pain. C'est un couple partant à la retraite qui souhaite léguer sa ferme. Le projet que les jeunes paysans présentent leurs plait. Ils les soutiennent. La SAFER*, organisme de gestion et d'attribution des terres agricoles, préempte les terres.

 

Les cinq associés contactent "Terres de Lien", cette association créée en 2003 a pour objectif de faciliter l'accès au foncier agricole et remet en cause la gestion de celui ci. Elle a créé des outils financiers qui permettent de collecter de l'épargne ou des dons afin d'acheter des fermes et de les mettre en bail à des paysans respectant un certain cahier des charges surtout basé sur des critères environnementaux. « Terres de Lien » achète la ferme, les cinq gars obtiennent un bail de carrière.

 

Le parcours à l'installation se passe sereinement, même s’il y a quelques craintes sur le foncier : surenchérissement et manque de volonté des instances agricoles. Le collectif bénéficie de soutiens agricoles et citoyens.  Le GAEC* "Radis & Co" s'installe début 2011, au lieu dit la "Gorronière" avec  pour activité de la boulange paysanne, du maraichage diversifié et de l'élevage laitier avec transformation, le tout en agriculture biologique, vente directe et locale.

 

 

SAFER : Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural.

GAEC : Groupement Agricole d'Exploitation en Commun

 

Du pain, des produits laitiers, des légumes.

 

Gwendal cultive 5 hectares de blé panifiable, 1 ha de sarrasin et 1ha d'épeautre. Il fabrique sa propre farine grâce à un moulin et boulange 220 kg de pain par semaine. Il tourne aussi des galettes de blé noir.

 

Marco est en charge du troupeau laitier composé d'une douzaine de vaches bretonnes pie noir et jersiaises. Mais il s'occupe aussi des veaux, des génisses, de la gestion de l'herbe, du foin et fabrique depuis peu un fromage type camembert nommé "le Montfleuri".

 

Steve quant à lui transforme les 33.000 litres de lait en yaourts, crème fraiche, fromage frais, fromage aux herbes ou aux épices à tartiner, fromage blanc et tommes.

 

Robert-Jan cultive une grande variété de légumes sur 2,5 ha (en plein champ) et 2000m² de serre (bientôt 3000m²), il vend environ 160 paniers par semaine sur l'ensemble de l'année. Philippe et Fanny (compagne de Marco) sont salariés saisonniers sur cet atelier.

 

Yannick, lui, est actuellement chargé de l'aménagement des infrastructures de l'activité maraichage : mise en place des serres, et autres travaux. Carlos est salarié pour lui prêter main forte.

 

Sur la ferme il y a aussi quelques cochons plein air qui sont engraissés avec les résidus des différents ateliers : son (issu de la farine), petit lait (fromagerie) et pertes de légumes. Leur viande est ensuite vendue en caissette aux consommateurs.     

 

Les produits sont vendus dans un rayon de 20 km autour de Montflours. Il y a quatre types de lieu de commercialisation : association type AMAP*, magasin bio, marché/magasin de Montflours (ouvert le vendredi soir) et la restauration collective (légumes seulement pour le moment).

 

* AMAP : Association pour le Maintiens d'une Agriculture Paysanne

 

Des activités différentes mais solidaires

 

Le GAEC Radis & Co est un collectif de travail. Chacun est responsable d'un domaine mais ils ont investi collectivement, organisent leurs temps de travail à plusieurs notamment pour les week-ends, les repas du midi et l'administratif. Ces temps se préparent lors de la réunion hebdomadaire du mercredi. Ils ont également fait un choix original pour leurs rémunérations. 

 

Investissements : Les cinq associés ont injecté la même somme dans le GAEC au moment de l'installation soit 50.000 euros. Pourtant les investissements sont très différents : 12.000 euros environ pour l'atelier pain, 50.000 euros environ pour l'atelier lait et 110.000-120.000 euros pour l'atelier maraichage. Leurs activités permettent une cohérence agronomique dans le cadre d’une vision globale du système de production.

 

La rémunération est la même pour tous. Le GAEC prend en charge : les loyers, les assurances, les mutuelles et la nourriture de chaque foyer. Depuis mai 2013 le GAEC verse un complément de salaire d’environ 300 euros chacun. Radis & Co possède trois véhicules que se partagent les associés.

 

Le temps de travail est très dense dans les premières années d'installation, chacun travaille sur son atelier, ils souhaitent à terme pouvoir s'échanger des coups de main.

 

 Les associés ont quatre week-ends sur cinq libres. Une seule personne est d'astreinte, son travail consiste à faire la traite, les soins aux animaux et l’ouverture/fermeture des serres ainsi que l'arrosage à la saison.

 

Le GAEC mutualise sur la vente, seul un associé part vendre l'ensemble des produits.

 

Pour le bon fonctionnement administratif de la structure, chaque associé est référent de tâches précises.

 

La maison "cœur du collectif de travail", est le lieu où se retrouvent les associés pour manger le midi mais aussi pour la partie administrative et pour les réunions hebdomadaires. Il y a de la vie toute la journée sur la ferme néanmoins chacun à son propre logement aux alentours.

 

Chaque midi un des associés s'occupe du repas. Ce repas très convivial est annoncé par une cloche à l'entré de la maison. C'est un moment indispensable à la vie du groupe, il permet d'échanger sur des questions "travail", de causer et de goûter ensemble aux produits de la ferme.

 

Chaque mercredi matin Radis & Co se retrouve pour une réunion qui débute par un tour d'humeur, ils prennent le temps de se dire les choses, puis de faire le point sur les actualités du moment, et de mettre en place les plannings repas et ventes.

  

Radis & Co est un bel exemple de collectif de travail. L'outil de production mis en place est cohérent au niveau agronomique. Le fait de ne pas partager un lieu d'habitation en commun est une force pour eux, car il permet de couper avec les activités de la ferme et de vivre sa vie par ailleurs.

 

Radis & Co existe depuis deux ans et demi.  Le collectif va bien, même si la phase d'installation a été fatigante. De nouvelles questions se posent ; en effet, lorsque l'on crée un projet collectivement les individualités ont tendance à s'effacer face au groupe. Cette phase de préparation et de mise en place est presque terminée, Radis & Co existe et fonctionne. Aujourd'hui les individualités refont surface avec leurs lots de questionnements. Les associés échangent en toute intelligence sur le futur de leur projet qui nous en sommes sûres, a de beaux jours devant lui !